Gouvernance économique: les bailleurs de fonds s'inquiètent pour le Cameroun
Source : Autres : Dernière Mise à jour : 20/11/2012
Lu : 184 fois

La mission tripartie Bad-FMI-BM reste sceptique quant à la capacité des autorités de Yaoundé sur la relance économique.

L'équipe de l'économiste en chef Mario de Zamaroczy qui a séjourné au Cameroun depuis lundi 12 novembre dernier, repart avec le sentiment mitigé d'une gouvernance locale moins audacieuse, quoique en relatif progrès sur le plan macroéconomique par apport au constat précédent. Cette mission tripartite de la Banque Mondiale (BM), du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque africaine de développement (BAD) a passé une semaine au Cameroun pour évaluer la situation économique du pays au cours des 10 derniers mois de l'année 2012 et s'enquérir des perspectives de l'année 2013, dans le cadre des réunions de consultations bi-annuelles de ces bailleurs de fonds multilatéraux.

Lors de sa dernière visite en mai 2012, la meme mission avait déploré une faible mobilisation des recettes non pétrolières, ainsi qu'une maitrise non contrôlée des dépenses publiques. Toutes choses et bien d'autres que l'équipe de Mario de Zamaroczy a retrouvé une fois de plus, en dépit d'une croissance "positive" de l'ordre de 4,4 % et d'un taux d'inflation contenu dans des proportions acceptables. Selon les autorités camerounaises, l'évolution du produit intérieur brut (PIB) de plus de 1,4% par rapport à 2010 traduit une «nette amélioration de la gouvernance en rapport avec la politique macroéconomique sous-tendue par les grandes réalisations du président (Paul Biya)».

Or, certains experts économiques pointent des faiblesses récurrentes de lisibilité sur des dossiers spécifiques, tels que les opérations pétrolières, la gestion des finances publiques, la dette intérieure de l’Etat et la gestion de l'emploi liée au chômage exponentiel des jeunes diplômés. L'inquiétude des bailleurs de fonds sur la capacité affichée des pouvoirs publics de relancer plus fermement l'économie nationale afin d'atteindre les objectifs définis dans le Document de stratégie pour la croissance et l'emploi (Dcse, adopté en 2009), repose sur quatre constats dirimants : le ralentissement des investissements dans les projets structurants, l'environnement malsain persistant du climat des affaires, la faible promotion du secteur privé et la fragilité du secteur financier national.


Secteur agricole

La mission tripartite a donc fait part aux autorités monétaires nationales des recommandations allant dans le sens de la promotion de la croissance, l'assainissement du système financier, le renforcement du recouvrement des recettes de l'Etat, le renforcement du partenariat privé-public et la bonne gestion des finances publiques. Le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, qui a été interpellé au cours de cette visite des experts économiques internationaux, n'a pas manqué de souligner les efforts faits par le gouvernement pour donner un contenu probant aux diverses recommandations de ses hôtes. «Le budget de l'année prochaine (2013, Ndlr) va probablement intégrer un certain nombre de ces propositions» a-t-il affirmé après avoir reçu les envoyés des institutions de Bretton Woods et de la BAD.

La politique des «Grandes réalisations» pour un «Cameroun émergent en 2035», reste tributaire d'une croissance économique annuelle de 5,5% dans la période 2010-2020.Or les indicateurs chiffrés actuels dans des secteurs-clé de la croissance laissent plus que sceptiques sur cette prétention gouvernementale. Pour Ernest Paulin Somedang, expert en analyses économiques et consultant international basé à Douala, «le partenariat public-privé est une formidable rampe de lancement pour booster la croissance économique et industrielle, par une politique volontariste basée sur l'agriculture et l'emploi».

Lors de la réunion de concertation entre le secteur privé et le gouvernement représenté par le ministère de l'Economie, de la planification et de l'aménagement du territoire tenue le 29 février 2012 à Yaoundé, le secteur agricole avait effectivement était identifié par les participants comme la première niche de croissance dans ses volets de la banane, de l'huile de palme, des tubercules et des produits de rentes. Cela devait induire pour les pouvoirs publics la facilitation et le sécurisation de l'accès à la terre, la promotion des grands agropoles, la facilitation à l'accès des intrants agricoles et le développement des infrastructures socio-communautaires. En est-on aujourd'hui là?


Alphonse Sinkam | L'Actu






Notez cet article :
1
2
3
4
5

 Envoyer cet article à un ami
 Articles du même auteur >>