Cameroun : Austérité, précarité, et Silence
Source : Cameroonvoice : Dernière Mise à jour : 22/11/2012
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De Maroua à Yaoundé, de Bertoua à Bafoussam, d’Ebolowa à Bamenda le cri est le même, le constat aussi... les camerounais sont de plus en plus miséreux et les annonces du candidat président à la fin du congrès du Parti-Etat faisant du Cameroun, de l’ensemble du Cameroun un vaste chantier dès le 1er janvier 2012 ont été enterrées bien avant d’avoir franchi les portes du Palais des Congrès.

Aucun journaliste, aucun homme politique, aucune société civile pour nous le rappeler. Nous courrons derrière un corbillard de défaites en nous masquant quotidiennement le visage. Nous nous détournons des émanations sépulcrales pourtant produites par notre propre décomposition. Alors est-il possible de lancer un vibrant appel de détresse dans cette nuit noire ?

Des mots, des slogans qu’on voulait porteurs d’espoir sont des mots qui nous rongent depuis 52 ans comme un cancer ayant choisi de nous tuer à petit feu dans d’atroces souffrances. Le Cameroun émergeant en 2035 Austérité, est la dernière trouvaille de ces experts en souffrances humaines. Des slogans qui font mal au moral, au porte-monnaie voire à la dignité des femmes et des hommes qui continuent à mourir ici faute de pouvoir partir.

Des slogans qui claquent comme des punitions lorsqu'ils sortent de la bouche du premier des camerounais avec un sourire en coin et repris en chœur par chacune et chacun de ceux qui ont choisi de ne voir le monde qu’à travers son regard. Le cynisme des dirigeants camerounais n’égale celui d’aucune autre classe de dirigeants dans le monde.

Oui une litanie de slogans depuis le 6 novembre 1982, qui aujourd’hui reconnaissons-le sont des humiliations pour les citoyens désargentés, paupérisés à souhait. Les politiques irresponsables nous ont conduit au fond d’un énorme précipice et reconnaissons-le au moins pour une fois, parfois sinon très souvent avec nos propres complicités !

Dans les villages les plus reculés comme dans les métropoles camerounaises, les populations ont aujourd’hui tous ce ressenti alors que la misère s’enkyste avec son lot de drames humains jusqu’à son cortège de suicides. Le pouvoir central du Cameroun est suicidogène et plus seulement pour la jeunesse qui paye le lourd tribut du chômage, de la prostitution, du VIH, de l’alcoolisme, des crimes organisés. Dans cet océan, les diseurs de bonnes nouvelles de tout acabit sont encore omniprésents et appellent à garder la tête froide alors qu’elle est déjà refroidie par la mort.

La tête haute ? Si oui mais au fond d’un fleuve boueux ! Ils appellent à faire face ? Facile à dire et difficile à vivre au quotidien. Il n’y a pas une famille dans le triangle national qui ne soit touchée de plein fouet par le chômage et la misère. La tâche herculéenne de redressement qui passe par une nécessité de réparation des erreurs collectives notamment de gestion du passé, ne peut être entreprise si les références et les référents qui vont avec, sont à nouveau tournés et plongés dans le même passé ! Comment donc repartir sur les bases saines avec un peuple amnésique et qui a perdu tout espoir, un peuple tourné et noyé dans l’alcool et dans une puanteur de pisse ?

Oui, au cœur de cette crise, il y a la faillite des élites postindépendance, confirmée par celles des quinquagénaires d’aujourd’hui. Ceux et celles qui refusent de prendre leur retraite et qui bénéficient des prorogations qui blessent l’éthique et la conscience.

Le Cameroun ? Oui il s’agit de lui, est mal géré avec de mauvais gestionnaires et de mauvais amortisseurs sociaux. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas exonérer notre élite dirigeante avec son arrogance, ses goûts voraces et son incapacité à parler Nation, Etat, Citoyens. Quand dans les pays comme le Sénégal, la sénégalité y est définie comme un concept visant à définir la nationalité sénégalaise dans un processus de démocratisation et d’unification nationale, au Cameroun nous sommes englués dans l’ethnie et ceci avec la complicité de tous. Le Cameroun vit et fonctionne sous un régime de déclaration et les nombreuses associations villageoises, paysannes qui ont vu le jour sous ce régime ne sont venues que renforcer notre incapacité à nous projeter comme Nation. L’équilibre, dit régional dans la répartition et les invitations au partage du ndolè national est là avec son corolaire d’émiettement de la république comme nous avons pu le voir lors de l’ouverture de l’Ecole Normale Supérieure de Maroua ne recrutant à 90% que les filles et les fils du septentrion destinés pourtant à servir dans l’ensemble du territoire.

Ces jours-ci et dans les réseaux sociaux monte un sentiment de défiance de l’unité nationale notamment avec un procès en règle fainéante contre l’écrivain Mongo Beti aujourd’hui désigné comme le penseur, mieux l’idéologue de la xénophobie moderne au Cameroun, un procès donc digne de celui qui fut intenté à Martin Heidegger sauf que pour lui ce fut de son vivant. Comme il serait facile et même jouissif de désigner Paul Biya et son gouvernement comme seul responsable de décisions prises conjointement à l’Assemblée Nationale et très souvent votées démocratiquement par les députés de l’opposition ! Oui il y a des choses à dire ici parce que le mandat des députés est arrivé à son terme mais, reconnaissons que rien n’a été entrepris non plus ni du côté de l’opposition parlementaire ni de la société civile et encore moins de la population elle-même !

Pourtant c’est au peuple et à lui seul d’obliger à une prise de conscience des gouvernants afin qu’ils inventent le Cameroun de demain. Un Cameroun où les religions qui poussent comme des champignons ne seront plus là pour spolier les quêteurs et le miséreux comme on le voit en ce moment. Un Cameroun où les religions plus anciennes que sont l’Islam et le Christianisme sauront comprendre que 200 jeunes forcent les portes de la cathédrale Notre Dame des Victoires pour demander que sépulture soit donné à un autre humain.

L’aveuglement des autorités camerounaises, ce qu’on appelle ici « le mauvais cœur » est tellement grand qu’il faut un véritable réarmement moral et éthique pour redresser au plus vite la barque. Les sirènes qui crient de partout depuis bientôt une vingtaine d’années sont là encore au rendez-vous.

Le Cameroun comme Nation ne tient plus sur rien, les fondations construites brique par brique par les Allemands, par les premiers nationalistes ont été absorbées à grande vitesse par les apôtres du chaos. L’économie du pays n’existe plus que pour ceux qui ont rapidement compris que le Cameroun n’est ni un pays ni une Nation mais un espace d’exploitation. Nous le constatons amèrement avec toutes ces entreprises qui tous les jours prennent aux pauvres populations le peu qui leur reste pour ne pas crever. Oui ce n’est plus une descente en enfer mais un contrat de bail avec l’enfer !

Messieurs les gouvernants, desserrez l’étau de la strangulation car, politique, économiquement et socialement ce n’est plus tenable ! Bon sang pour une fois travaillons, travaillons pour que demain renaisse l’espoir, redonnons un peu d’oxygène à notre jeunesse et à nos séniors, redonnons de la vigueur à notre jeunesse, rendons nos femmes fécondes. Un redressement économique et social est plus que nécessaire et les parlementaires réunis en ce moment doivent l’exiger, peuvent l’imposer. Si vous refusez d’acter ce redressement, vous serez responsables devant l’histoire.

Vous, peuple exprimez-vous afin que la solidarité qui « sommeille » en vous s’éveille. Faites-le et pas qu’en désespoir de cause parce que demain est entre vos mains !

Dr Vincent-Sosthène FOUDA






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